Back to Normal : un concept de concert collaboratif d’un jour
Là où le système scolaire et le monde du travail nous poussent à soumettre notre valorisation à une autorité extérieure, des initiatives encourageantes et valorisantes sont essentielles pour garder notre estime de nous-même. Plus encore, dans un monde où la performance individuelle est portée aux nues, le sens du collectif a besoin d’un bon coup de fouet. C’est ce coup de fouet que Baudouin de Jaer nous propose d’expérimenter au sein de concerts collaboratifs d’un jour. Reportage de Jean-Pierre Norguet.
Dans ce type d’expérience, Baudouin de Jaer tient le pari de croire aux forces de l’art de tout un chacun. Pendant une journée de travail collaborative cloturée par un concert collectif, il propose de mettre ces forces en synergie. Au petit matin, les musiciens ne se connaissent pas, ne savent pas ce qu’ils vont jouer, certains même ne savent pas jouer d’un instrument. Pourtant il est 10h, ils sont tous là, tenaillés par le doute, et Baudouin leur rappelle que le concert est prévu à 20 heures.
Ce samedi 21 mars 2009 au Théâtre de la Balsamine, je fais partie de ceux-là. L’instrument qui m’accompagne s’appelle un “doudouk” ; c’est une flûte arménienne au son très grave et ténébreux. Je ne sais pas en jouer ; cela fait 6 mois que j’essaye d’en tirer un son. Baudouin essaye et arrive à produire des notes, m’explique que j’ai choisi un instrument difficile et fatiguant, et m’invite à essayer une flûte à bec. Comme il n’en reste plus, il me propose de chanter ou bien de me mettre au piano.
Le problème est que je ne me vois pas chanter, que je n’ai jamais joué de piano, et que mes cours de solfège sont très loin. Je me souviens vaguement de partitions de solfège lues à l’école primaire, et au début du secondaire, de ma prof de musique. Je me souviens qu’elle essayait de dégrossir notre inculture, tandis qu’on lui jetait des craies, et qu’elle avait beaucoup de mal à faire régner un semblant d’ordre. Je dois dire qu’une vingtaine d’année plus tard, face à une partition que je vais devoir jouer, je fais moins le malin!
Fort heureusement pour moi, c’est là que se crée la magie du collectif. Baudouin nous fait un résumé en 7 minutes de 7 années de solfège. Un musicien plus aguerri vient m’expliquer comment marche une portée. Une pianiste douée m’explique quelles sont les touches qui font les notes. Et me voilà à l’accompagnement : ré, la, la, ré, ré, la, la, ré ; c’est pas si difficile. Juste à côté, j’entends la flûte qui accompagne aussi : j’écoute ses notes et je les suis. Les fausses notes passent inaperçues, et je commence à m’en sortir.
Autour de moi, tout le monde progresse : des premiers regards peu confiants, on passe au plaisir de participer. Chacun y va de son instrument, qu’il soit classique ou expérimental : le gong de fortune et l’accordéon du grenier font des mélanges philharmoniques avec la batterie plus experte. Baudouin fait appel aux propositions de tous, ajoute quelques morceaux, et met tout en musique. On ne voit pas toujours ce que ça va donner mais on essaye et le rythme nous porte.
A une heure du concert, on aura essayé des tas de morceaux, sans grand résultat apparent. Ce n’est pas grave, on fait une générale avec ce que l’on sent. Baudouin a l’air d’être le seul à s’y retrouver, mais on lui fait confiance, et on se fait confiance. On essaye chacun de jouer quelque chose au moment où ça semble juste. Ca part dans tous les sens, mais on retrouve un semblant de musique. On se dit que ça va aller, enfin il faudra voir, mais dans une heure le public nous rejoint et il va falloir jouer.
Tout le monde est concentré pour donner le meilleur…!
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Pour aller plus loin
Pour les musiciens passionnés, voici la partition de la valse polonaise.